Carnet de route

La Fourche de Clarabide

Le 19/09/2006 par

La Fourche de Clarabide, 2 857 m

 (ça sonne bien, non !)

 

            Nous partîmes trois, en cette matinée orageuse de fin juillet -Jean-Pierre nous abandonnant sagement au refuge de la Soula pour des itinéraires plus terre à terre- nous arrivâmes quatre, que dis-je sept, puis neuf, puis dix jusqu’à cette belle cabane de berger du vallon d’Ayguetortes, très bien équipée d’une table spacieuse avec des bancs, d’un poêle à bois et d’un dortoir lambrissé à l’étage contenant au moins dix couchages : Merdançon en plus chic !!(NDLR : on la devine sur une des photos, dommage j’étais un peu loin...).

            En effet, peu fréquenté par les randonneurs et les grimpeurs (pas moins de quatre heures d’approche depuis le parking au Pont du Prat à 1 229 m) ce vallon est parsemé de lacs poissonneux très prisés des pêcheurs.

            Après avoir essuyé l’orage quotidien dans l’après-midi, à l’abri cette fois, nous faisons un petit tour pour essayer d’apercevoir l’arête d’escalade prévue le lendemain. Mais hélas, de rocher nous ne vîmes pas grand-chose, les nuages de brumes cadenassant notre objectif.       Quelques moutons bien cornés à quelques mètres et même le lac de Pouchergues, dont je n’ai pas manqué de faire le tour, disparaissaient dans un brouillard épais. Sale temps pour les mouches mais pas pour les pêcheurs qui finalement s’accomodaient très bien de ce spectacle pourvu que ça morde un peu !

            Au retour à la cabane, les convives n’en finissent pas d’arriver –l’un d’entre eux à la nuit tombée en un temps record de 1 h 47– déballant force victuailles et breuvages. Nous avions aussi la visite d’un haut-routard des Pyrénées à son 20ème jour de périple. Tout cela fait que la soirée a été très animée, arrosée (Ricard, vin rosé, Manzanilla, je ne vous dirai pas le nombre de bouteilles mises au frais dans le ruisseau…), accompagnée de délicieuses spécialités du terroir avec une mention spéciale pour un saucisson sec et un fromage de brebis exquis. Mais la ventrèche grillée dans le poêle, transporté dehors pour éviter la fumée, se laissait bien manger aussi ! 

            Les histoires drôles succédant aux souvenirs racontés, les chansons en patois local, reprises en cœur, tout y était. Au final, nous avons passé une super soirée avec des jeunes qui savent vivre et qui nous ont régalés de bonnes choses mais aussi d’attentions, de drôlerie, de chaleur.

            Le lendemain matin, ou plutôt quelques heures plus tard, le réveil est un peu difficile vers 6 h 30, la langue pâteuse mais ô surprise, le temps a l’air beau et dégagé. A l’étage, personne ne bouge chez nos joyeux fêtards. Petit déjeuner rapide pour nous et nettoyage-rangement des restants de beuverie de la veille en silence.

            Matin frais, approche un peu pénible d’environ deux heures dans un pierrier de gros blocs plus ou moins instables (je pensais que ça irait plus vite, les jeunes nous ayant conseillé cet itinéraire).

            Après avoir consulté la page photocopiée du topo, Fred s’arrête vers le départ probable de ce qui va être notre « Dru » du jour : la fourche de Clarabide qui culmine à 2 857 m, représentant environ 450 m d’escalade sur du granite plutôt sain, peu parcourue, peu équipée. Ambiance montagne quoi ! Grosses godasses remisées dans les sacs, les premières longueurs faciles  permettent à chacun de se mettre en jambes,  de s’approprier le rocher, de profiter d’une vue superbe sur le lac de Pouchergues et sur le pic Schrader.

            Après une succession de blocs, de dièdres, de gendarmes de brèches, j’en passe et des meilleurs, nous abordons ce qui semble être l’étroite fissure décrite dans le topo : c’est mon tour d’y aller. J’y vais pas trop rassurée car c’est une grande dalle assez verticale. En fait, ce n’est pas vraiment une fissure et il y a de la végétation et des pierres instables dans ce renfoncement, donc pas de très bonnes possibilités de mettre des friends, coinceurs ou sangles. Je mets cependant un premier point à une huitaine de mètres et continue. La fissure se partage en deux branches, je suis celle de gauche mais stoppe assez vite, redescend, suit maintenant celle de droite, un peu tendue, met un second point, monte un peu plus haut mais quelque chose ne va plus dans ma tête : ce système de fissure qui n’en est pas me « sèche » sur place : j’ai atteint mon quota de stress et je ne peux plus avancer. Pour toute réponse à ce que Fred me hèle d’en bas et qui se demande bien pourquoi je bloque, je hurle que j’installe un relais. Je l’assure jusqu’à moi et il poursuit cet itinéraire en équipant tant bien que mal la paroi, puis c’est un passage aérien en angle, fissuré en haut, ensuite une dalle fissurée dans son milieu où il installe des friends. Lorsque je comprends qu’il est arrivé au relais, il ne tire qu’un brin sur les deux et je reste perplexe, anxieuse… Je fais donc des anneaux de buste avec l’autre brin, progressant plus régulièrement, mais les tripes nouées !!

             Lorsque j’arrive en vue du relais duquel il m’assure, je vois clairement la situation : le brin est coincé sous des rochers. Je le décoince et j’arrive jusqu’à une terrasse confortable de laquelle je repars pour la longueur suivante, le ventre serré, et nous alternons ainsi jusqu’au sommet où je finis par une très belle longueur en dalle avec un point en place (ouf, on est bien dans la voie !). Enfin, il y a un passage d’arrête en plat-descendant avec juste une « taillante » de quelques mètres très aérienne avant d’atteindre l’endroit équipé d’une sangle pourrie où l’on comprend que c’est le départ du rappel de descente.

            Cinquante mètres plus bas, il nous reste à remonter à un col, et à redescendre sur les mêmes blocs instables qu’à l’aller sous un soleil de plomb.

            Au total 6 h d’escalade + 30 minutes de rappel et les marches d’approche aller, retour jusqu’au parking dans la vallée. Un arrêt à la cabane désertée mais si accueillante nous permet de nous rafraîchir car nos hôtes ont laissé en évidence un jerrican d’eau et deux verres sur la table. Nous les remercions en griffonnant un petit mot.

            Jean-Pierre, frais et dispos, ravi de ses escapades autour des lacs de Caillauas et des Isclots, nous attend au refuge de la Soula, à peu près sûr que nous ne serions pas là de très bonne heure (il est 19 h 30 je crois).

            Rude journée donc et questionnement personnel sur la difficulté à assumer « la grimpe » sur du terrain montagne peu équipé. Les voies falaises aseptisées sont peut-être un frein à la pratique sur du terrain quasi vierge. Elles nous donnent l’illusion d’être bons alors qu’on est juste bon en voies équipées falaise. Cela ne nous apprend pas à nous débrouiller avec notre mental, les coinceurs et les moyens du bord pour faire face à l’imprévu. On peut vite être débordé, désemparé sur du « terrain d’aventure » et cela peut être problématique pour la cordée voire dangereux. Garder son sang froid malgré tout, respirer un bon coup pour se concentrer, se booster, ne pas céder à la panique, cela peut être précieux mais cela ne suffit pas : il faut aussi apprendre le matériel et les techniques...

            Fred, je te remercie d’avoir fait ce qu’il fallait au bon moment, le terrain montagne, tu maîtrises !! Moi, j’en fais pas assez… Cela dit, j’ai envie d’en refaire !

 

            Geneviève CARDE







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