Carnet de route

Ascension du Grand Paradis (4 061m)

Le 26/06/2006 par

« On ira tous au Paradis … »

 

 

 … un titre qui pourrait laisser penser à ceux qui se souviennent de ce bout de refrain qu'il s'agit d'un vibrant plaidoyer pour la variété française des années 70.

En l'occurrence, la réalité est plus alpine ; italienne même puisque c'est de l'ascension, en juillet dernier, du Grand Paradis dont je vais vous entretenir.

Le Grand Paradis, 4 061 m d'altitude. Certainement plus près des étoiles que Limoges. De là à faire de ce massif un océan de félicité céleste, il y a toutefois un pas que la dizaine de membres du groupe n'est pas prête à franchir. Non que l'ascension fut ponctuée de larmes. Mais la sueur versée et les coups de soleil gagnés ont laissé à tous une impression bien réelle, terrienne sans aucun doute.

 Ajoutons à cela le plaisir, pour beaucoup d'entre nous, d'avoir vaincu notre premier
« 4 000 »
, et le paysage sera presque complètement campé.

J'oubliais : l'Italie n'est pas frontalière de L'Auvergne. Autant dire qu'il fallut prévoir une bonne journée de route avant de rejoindre le haut Val d'Aoste.  Et là, miracle du bilinguisme et héritage de l'histoire, nous sommes en territoire linguistiquement connu. Ça facilite toujours les choses, surtout quand l'arrivée se fait à la nuit bien tombée.

Autant dire, d'ailleurs, qu'il nous faudra attendre le lendemain pour apercevoir le but de notre équipée. Et encore, le sommet se dérobe facilement à l'œil, de ce côté-ci du massif où les vallées encaissées ne permettent pas un recul suffisant.

De supputations en supputations, ce n'est que le lendemain que nous l'identifierons avec certitude. Pas trop tôt, ironiseront d'aucuns, puisqu'il s'agissait alors de le gravir … La tortue de ce bon monsieur de La Fontaine rétorquera aux impatients que tout arrive pour qui sait attendre !

Alors, qu'en fut-il de cette ascension ? Par la voie normale, répondront les acharnés du topoguide. Certes, mais encore ?

Tout d'abord une bonne matinée d'ascension depuis Pont Valsavarenche (1 960 m) jusqu'au refuge Victor Emmanuel (2 732 m), des forêts de l'étage sub-alpin jusqu'aux maigres pelouses qui environnent le refuge. Puis repérage du départ de la course et repos. Rien ne manque au spectacle, un vrai petit « disney world » alpin : touristes en goguette qui viennent tâter des prémices de la haute montagne, glacier brillant sous le soleil, bouquetins nonchalants, apparaissant régulièrement, aussi ponctuels que les TER du Limousin. Et des alpinistes, des vrais, si si, avec cordes, crampons, piolets.

Le grand paradis, en somme. Si ce n'est qu'à bien y regarder, il est un peu écorné, ce paradis-là, et laisse transparaître les blessures que notre civilisation inflige, ici comme ailleurs, à notre environnement. Ces débris rocheux, ces traînées grises visibles dans le paysage sont la marque du recul des glaciers, manifeste dans tout l'arc alpin sous l'effet du réchauffement climatique.

Magie du CO2 qui transforme partiellement une course de neige en rando cailloux … au moins dans sa première partie.

 Car si nous sommes partis à 5 heures du matin, frontale allumée, en traversant les pierriers, aux premières lueurs du jour, c'était bien la neige que nous foulions et les premières langues de glace du glacier du Grand Paradis.

Il n'allait plus nous quitter pendant une bonne partie de la matinée, jusqu'au niveau du Bec de Moncorve et des pentes neigeuses terminales. Sans crevasses apparentes en ce début juillet, il semble bien débonnaire et inspire confiance.

Au contraire du temps qui, lui, se couvre progressivement, et nous couvre par la même occasion d'une fine pellicule de neige … Après tout, mieux valait cela que l'orage qui menaçait jusqu'alors. Petite inquiétude et grandes enjambées (quoique …) pour finir tous sur les Gendarmes si caractéristiques du sommet.

En d'autres temps, cela aurait été sûrement magique : panorama sur la plaine piémontaise, sur le massif du Mont Blanc, sur toute la chaîne des Alpes, et solitude des hauts sommets.

Ce jour-là, environnés de groupes que nous sommes, et avec l'horizon partiellement couvert, le plaisir est plus intérieur : celui « d'y être arrivé », d'avoir puisé en soi les ressources nécessaires à cet effort inhabituel.

Celui, aussi, de se dire qu'il n'y a plus qu'à descendre maintenant, avant de fêter collectivement cela.

Mais ça, c'est une autre histoire.

 

Stéphane GRASSER







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